Les Ramones devant un prêteur sur gages new-yorkais - séance photo pour le magazine « Rock Scene » - 1976 | Ramones outside an NYC pawn shop - posing for a 'Rock Scene' magazine photo shoot - 1976

Ramones : 50 ans du disque qui a lancé le punk

23 avril 1976. Sire Records sort un premier album d'un groupe inconnu de Forest Hills, Queens. Quatorze titres. Vingt-neuf minutes. Un budget d'enregistrement de 6 400 dollars. Pas de solos de guitare. Pas de breaks. Pas de fioritures. Juste quatre accords, une vitesse de train lancé à pleine vapeur, et une urgence que personne n'avait encore mise sur disque.

Cinquante ans plus tard, Ramones est reconnu comme l'un des albums les plus influents de l'histoire du rock. À sa sortie, il s'est vendu à moins de 5 000 exemplaires. Il n'a pas changé les charts — il a changé tout le reste.

Forest Hills, Queens — aux antipodes de la rock star

Joey, Johnny, Dee Dee et Tommy Ramone ne sont pas des musiciens accomplis. C'est précisément là où tout commence. Quand ils se forment en 1974, aucun d'eux ne sait vraiment jouer. Dee Dee apprend la basse. Johnny s'achète une guitare et la martyrise avec un médiator en permanence. Joey, d'abord batteur, devient chanteur par défaut quand Tommy s'assoit derrière le kit.

Ce manque de technique, ils en font une esthétique. Les chansons durent deux minutes, parfois moins. Les tempos sont frénétiques. Les structures sont identiques — intro, couplet, refrain, fin — et c'est exactement ce qui les rend irrésistibles. Les Ramones ne jouent pas du rock. Ils le réduisent à son essence.

CBGB et une scène qui s'invente

En 1974 et 1975, les Ramones deviennent les piliers d'une salle minuscule et crasseuse du Lower East Side de Manhattan : le CBGB. Avec Blondie, Television, Patti Smith et bientôt Talking Heads, ils inventent une scène sans nom — ce que la presse appellera bientôt punk et new wave.

Leurs concerts au CBGB sont des événements. Pas parce qu'ils sont longs — ils durent rarement plus de vingt minutes — mais parce qu'ils sont d'une intensité sans équivalent. Le groupe enchaîne les titres sans pause, sans discours, juste un « 1-2-3-4 » de Dee Dee et c'est reparti. Cette énergie brute, ils vont la capturer en studio.

6 400 dollars et 17 jours — la naissance d'un chef-d'œuvre accidentel

En février 1976, les Ramones entrent au Plaza Sound Studios de New York avec le producteur Craig Leon et Tamas Erdelyi — le vrai  nom de Tommy Ramone — qui co-produit et assure l'ingénierie du son. En dix-sept jours, ils enregistrent les quatorze titres de l'album. Le budget total : 6 400 dollars.

Le résultat est une anomalie sonore totale. Dans un paysage dominé par le rock progressif, le disco naissant et les grandes productions de studio, Ramones sonne comme une gifle. Blitzkrieg Bop ouvre l'album en dix-sept secondes d'introduction avant que tout explose. Beat on the Brat. Judy Is a Punk. I Wanna Be Your Boyfriend — seule concession à la mélodie douce, et elle dure deux minutes vingt.

Pas un titre ne dépasse les deux minutes trente. La cohérence est totale. L'album est un objet parfait dans son imperfection revendiquée.

Un flop commercial, une bombe à retardement

À sa sortie, l'album se vend mal. La radio ne le passe pas. Les grandes salles ne s'y intéressent pas. Les critiques américains sont perplexes — certains enthousiastes, beaucoup désorientés. Sire Records ne sait pas vraiment quoi en faire.

Mais en Grande-Bretagne, quelque chose se passe. Le disque circule parmi une jeunesse en colère, dans les squats et les clubs londoniens. Des musiciens l'écoutent en boucle. Joe Strummer. Mick Jones. Paul Simonon. Steve Jones. Glen Matlock. En juillet 1976, les Ramones jouent deux concerts à Londres qui deviendront légendaires — le Roundhouse le 4 juillet, le Dingwalls le lendemain. Dans le public se trouvent presque tous les futurs acteurs du punk britannique.

« Ils nous ont montré que c'était possible, » dira Joe Strummer. « Qu'on n'avait pas besoin de savoir jouer pour faire quelque chose d'essentiel. »

Six mois après ces concerts, les Sex Pistols sortent Anarchy in the UK. Le punk explose en Grande-Bretagne. Le premier album des Ramones avait tout déclenché depuis l'autre côté de l'Atlantique.

L'héritage : 50 ans et toujours inépuisable

Cinquante ans après sa sortie, le premier album des Ramones reste une référence absolue pour quiconque veut faire de la musique avec peu de moyens et beaucoup de conviction. Il a influencé le punk britannique, le hardcore américain, le pop-punk des années 90, l'indie rock — et continue d'influencer des générations de gamins qui branchent une guitare dans un ampli pour la première fois.

En 2002, le groupe est intronisé au Rock and Roll Hall of Fame. En 2003, Rolling Stone classe l'album 33e dans sa liste des 500 plus grands albums de tous les temps. Les quatre membres fondateurs sont aujourd'hui décédés — Joey en 2001, Dee Dee en 2002, Johnny en 2004, Tommy en 2014.

Mais Blitzkrieg Bop continue de résonner. Et chaque fois qu'un groupe monte sur scène avec rien d'autre que de l'énergie et l'envie de tout donner, les Ramones sont quelque part dans la salle.

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